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Tribune Coénove : Politique énergétique, assumons la spécificité française !

13 / 10 / 2018

 

En juin dernier a été adoptée à Bruxelles la nouvelle Directive européenne sur l’efficacité énergétique. Ce texte introduit notamment une nouvelle valeur du coefficient de conversion en énergie primaire de l’électricité (PEF pour Primary Energy Factor) à 2,1 contre 2,5 auparavant. Un changement pas si anodin et sur lequel il est important de revenir.

 

 

 

Rappelons tout d'abord que l'énergie primaire est le seul indicateur traduisant les impacts sur la planète des prélèvements sur les ressources naturelles et permet la comparaison des performances énergétiques des différents systèmes thermiques (chauffage, production d'eau chaude...) à partir de différentes énergies.
L’Europe ne s’y est pas trompée et a ainsi confirmé la seule expression des objectifs en énergie primaire pour apprécier la performance énergétique des bâtiments. Raisonner en énergie finale reviendrait à ne pas différencier un kWh électrique produit par une centrale nucléaire, une centrale à charbon ou un panneau solaire, alors que les impacts de ces systèmes pour produire un kWh électrique en terme de prélèvement des ressources naturelles sont totalement différents.

 

Par ailleurs, afin de tenir compte du développement des énergies renouvelables électriques dans de nombreux pays européens, l’Europe a décidé de réviser la valeur du PEF. Après un large processus de concertation avec les Etats Membres, une nouvelle méthodologie commune de calcul a été retenue, calée sur des hypothèses d’évolution des mix de production électriques des états à l’horizon 2020 et conduit à une nouvelle valeur moyenne de 2,1 ; valeur par défaut que peuvent utiliser les états membres ne souhaitant pas  traduire leur propre mix de production électrique.
Dès lors, il est légitime de se poser la question des conséquences de cette révision  sur le coefficient français.

 

En France, le coefficient de conversion utilisé est aujourd’hui de 2,58. Si cette valeur est retenue dans toutes les règlementations françaises depuis les années 1990, elle ne reflète toutefois pas le mix électrique réel de la France. Selon le Bilan Energétique de la France métropolitaine en 2017 établi par le Commissariat général du développement durable, le PEF français est en fait proche de 3. Cette valeur élevée s’explique par  la part importante du nucléaire dans le mix de production électrique français et du rendement relativement faible d’une centrale nucléaire s’établissant conventionnellement à 33%.

 

Ainsi, en projetant le calcul pour la France à l’horizon 2020 sur la base de nouvelle méthode retenue au niveau européen à partir des données du Bilan Prévisionnel RTE 2020, que l’on ne saurait taxer de partialité dans ce domaine, le PEF de la France en 2020 ressort à 2,8.
N’en déplaise aux tenants d’une électrification aveugle dans le bâtiment, la baisse du PEF européen n’implique en aucune façon une révision à la baisse du PEF français. Pire même, une baisse artificielle du PEF, décorrélée du mix de production réel, va accélérer le développement des solutions électriques, y compris les moins performantes, accentuant à court terme la pointe hivernale sur un mix de production électrique déjà fortement contraint, comme l’ont montré les deux hivers...

 

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