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Affichage du DPE : le choix de l'énergie finale est une fausse bonne idée

19 / 12 / 2019
L’opposabilité du DPE en 2021, telle que prévue dans la Loi ELAN, a eu comme effet bénéfique d’engager un important chantier de fiabilisation de ce diagnostic. Chantier nécessaire car cet outil fait l’objet de critiques récurrentes, notamment sur l’hétérogénéité constatée des résultats en fonction des opérateurs le réalisant. Même révisé et consolidé, il ne faut toutefois pas attendre de cet outil plus que ce qu’il est en mesure d’apporter…

 

Le DPE (n’) est (qu’) un calcul
Tous les acteurs du bâtiment le savent : le DPE pour les bâtiments à usage principal d’habitation est un calcul conventionnel et ne représente in fine nullement la situation réelle des consommations du logement. Dès lors, et une fois ce fondement du DPE rappelé, toute tentation amenant à détourner le DPE de son objet premier pour en faire un outil d’arbitrage pour les usagers « au plus près de la situation réelle » sera vaine.  Pourtant, les très récentes prises de paroles de l’administration sur l’affichage des consommations en énergie finale (Ef) au motif qu’il « serait plus parlant pour le consommateur », laissent à penser que l’on voudrait faire dire au DPE ce qu’il ne sait pourtant pas… : plus parlant l’énergie finale, mais surtout plus trompeur.

 

Fiabilisation et affichage en Ef sont incompatibles
A ce jour, le modèle règlementaire du DPE détaille les consommations annuelles estimées par énergie, exprimées en énergie finale et en énergie primaire, ainsi que les frais annuels d’énergie en euros. L’étiquette énergie est quant à elle illustrée en énergie primaire.

Quoi de plus normal en fait :

  1. L’énergie primaire consommée est bien la quantité d’énergie qu’il a fallu produire pour alimenter le logement concerné. Cette quantité d’énergie primaire reflète donc bien la performance globale du logement, y compris bien entendu la performance des systèmes énergétiques qui y sont installés.
     
  2. La Directive sur la performance énergétique des bâtiments (DPEB) définit très précisément l’énergie primaire comme le seul indicateur pour mesurer la performance énergétique des bâtiments : « la performance énergétique d’un bâtiment est exprimée au moyen d’un indicateur numérique d’utilisation d’énergie primaire en kWh/(m2/an), pour les besoins tant de la certification de la performance énergétique que de la conformité aux exigences minimales en matière de performance énergétique ». Tout autre mode d’affichage serait donc contraire au droit européen.
     
  3. Les réglementations thermiques pour la construction neuve (RT2012 dont est issu le calcul du DPE neuf en Ep) ou la rénovation énergétique des logements existants (objectif national d’un parc 100% BBC rénovation d’ici 2050 correspondant à une consommation moyenne de 80 kWhEp/m2.an) se basent aussi tout naturellement sur des indicateurs en énergie primaire. Faire évoluer le mode d’expression d’un indicateur, en l’occurrence le DPE, entrainerait – pour garder de la cohérence – la nécessité de revoir l’expression de nombreux indicateurs, alors même qu’ils font sens et référence auprès des professionnels du secteur.

 

Une ambition louable qui se révèle être une fausse bonne idée
La tentation d’exprimer l’étiquette en énergie finale, dans un souci de meilleure compréhension des consommateurs, est également une fausse bonne idée pour le destinataire final. Au-delà du fait que cela va à l’encontre des principes fondamentaux énoncés ci-avant, cela créera au contraire une confusion qui n’ira pas dans le sens d’une fiabilisation.
En effet, même si ce n’est pas le but premier recherché, il existe une cohérence certaine entre la facture estimée en euros et l’étiquette énergie exprimée en énergie primaire (sur les 2 principales énergies de chauffage que sont le gaz et l’électricité). L’expression en Ef viendrait chambouler cet état de fait, créant des écarts très significatifs et perdant de fait toute lisibilité.

 

Concrètement, un ménage comparant 2 logements chauffés respectivement au gaz et à l’électricité et affichant une étiquette DPE identique en Ef pourrait, à juste titre, penser que ces logements auront des factures énergétiques approchantes. Or, il existe un ratio de 2 entre les factures de ces logements ! Afficher une étiquette DPE en Ef revient ainsi, sous couvert de simplification, à induire avant tout en erreur le consommateur final…

 

Au final, au prétexte d’un service rendu aux particuliers,  l’affichage en Ef favoriserait une fois de plus l’électricité, qui, il est vrai, en tant que vecteur énergétique issu d’’une chaine de transformation, se caractérise par une efficacité énergétique toute relative. Pour autant, il s’agit là d’une réalité physique à laquelle il n’est clairement pas possible de se soustraire, sauf à vouloir tromper sciemment le consommateur.