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RE2020 : la climatisation fictive ne peut être une réponse à la problématique du confort d’été

11 / 09 / 2020

S’il est bien un sujet qui fait consensus depuis le début des travaux sur la RE2020, c’est le confort d’été. Il est en effet désormais largement admis que les bâtiments RE2012 sont notoirement inconfortables en période de fortes chaleurs, donnant aux occupants l’impression de vivre, de leurs mots, dans une cocotte-minute. Le réchauffement climatique et l’accélération des séquences caniculaires ne font que renforcer ce besoin de travailler le sujet ; le développement important des climatisations mobiles[1] ne pouvant être considéré comme une réponse satisfaisante au problème.

 

Pour autant, si le principe ne fait pas débat, sa transcription concrète au travers d’indicateurs ou encore d’exigences est loin d’être aussi fluide. Des propositions ont été faites par plusieurs groupes de travail pour trouver des alternatives à la Température Intérieure de Confort (TIC) définie dans la RT 2012.  La Dies (durée d’inconfort d’été statique) a été un moment une piste envisagée.

 

In fine et dans un souci de limiter le développement des systèmes actifs de climatisation, l’administration s’est finalement orientée, pour la future RE 2020, vers une méthode de mesure de l’inconfort d’été associée à de nouveaux fichiers météos tenant compte de périodes caniculaires.

Ce critère retenu est celui des « Degrés Heures » d’inconfort (DH). Il est défini comme devant être inférieur à 350 pour qu’un bâtiment soit considéré comme ayant un confort d’été acceptable. Au-delà de cette valeur, le Cep du bâtiment est augmenté d’une consommation de climatisation fictive, considérant que ce bâtiment s’équipera à terme d’une climatisation.

 

La mise en place de cet indicateur et du seuil retenu appelle les commentaires suivants :

Une erreur méthodologique

Pour mener son analyse, le Groupe modélisateur a travaillé sur des bâtiments RT 2012 à l’inconfort d’été manifeste et publiquement reconnu. Résultat : 80% des bâtiments examinés se retrouvent classés « inconfortables » (> à 350°h) et se voient affecter de facto d’une consommation supplémentaire de climatisation fictive.

  • Affecter une consommation de climatisation fictive à des bâtiments inconfortables s’apparente à un palliatif et ne permet en rien de traiter la cause du problème liée au bâti. Il faut impérativement axer les efforts sur la conception des logements, dans une démarche prioritaire de bioclimatisme et tester ces nouveaux bâtiments sur le respect ce critère DH

 

Une erreur de positionnement

Dans la réflexion et l’analyse, les consommations de climatisation fictives ont volontairement été prises comme supérieures que ce qu’elles seraient avec un système de climatisation réel. Concrètement, ce parti pris incite logiquement les concepteurs à recourir à un système de climatisation, dans la mesure où il est moins impactant pour le Cep du bâtiment que le recours à la climatisation fictive. De fait, sous couvert de confort, il en résulte une incitation forte à installation des systèmes de climatisation active, consommateurs d’énergie, au détriment de l’intelligence de conception qui devrait être mise en œuvre en amont.

 

Le mieux est l’ennemi du bien

Ainsi, plutôt que de faire en sorte que les bâtiments neufs soit conçus dans une démarche bioclimatique, cette nouvelle méthode présente 2 risques majeurs évidents si le Cepmax devait être calé en tenant compte de ces consommations de climatisation fictive :

1.Il est plus incitatif pour le concepteur de mettre en place un système actif de climatisation que d’essayer de repenser le bâtiment ou trouver des systèmes passifs permettant de passer sous la barre des 350°h,

2.Si le concepteur arrive à l’aide de systèmes passifs (brasseurs d’air …) à passer sous la barre des 350°h, le bâtiment aura un droit à consommer supplémentaire sur les usages traditionnels, à la hauteur des consommations de climatisation fictive[2], permettant ainsi aux systèmes les moins performants de pouvoir respecter le Cepmax. Notons au passage, que rien dans ce cas n’empêchera l’utilisateur final de rajouter par la suite une climatisation mobile, conduisant ce logement à une surconsommation manifeste par rapport à l’attendu.

 

Revenir à du bon sens

La RE2020 doit pousser à concevoir bioclimatique. Si, pour certaines raisons, notamment dans les zones climatiques les plus chaudes, il est nécessaire de mettre une climatisation, le Cepmax doit, et seulement dans ce cas, en tenir compte. Dans le cas contraire, si le bâtiment respecte le critère de confort d’été, alors le Cepmax ne doit pas tenir compte des consommations de climatisation.

[1] Enquête CONSER3 – EDF : cette enquête (cf annexe) montre que le problème de la climatisation mobile se pose particulièrement sur les bâtiments d’avant 2005.
[1] Pouvant dépasser les 10kWhep/m2.an

Annexe :