Actualités

Stratégie française pour l’énergie et le climat : on avance, mais pour aller où ?

27 / 01 / 2020
 
La programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) qui planifie la trajectoire énergétique de la France à l’horizon 2028 et la stratégie nationale bas carbone (SNBC) dont l’objectif est d’atteindre la neutralité carbone en 2050 sont en consultation publique du 20 janvier au 19 février 2020, un peu plus d’un an après la publication de premiers projets, après de nombreux reports et des mois d’attente.
 
Finalement, à quoi ont servi tous ces mois ? Les tenants du verre à moitié plein y trouveront quelques précisions et ajustements (ce qui est la moindre des choses), les adeptes du verre à moitié vide (ou les plus lucides) constateront que le point essentiel, qui avait posé problème dans la précédente version, à savoir la trajectoire de la taxe carbone, gelée fin 2018, est évacué et que le texte appelle d’ailleurs à des mesures complémentaires ultérieures, en cours de réflexion, suite notamment à la Conférence citoyenne. Et puis, ils réaliseront surtout que la cible affichée, les choix exprimés n’ont pas changé : c’est toujours l’électrification massive des usages qui sous-tend le projet français, agrémentée heureusement de l’accent renforcé mis sur l’efficacité énergétique.
 
Pour Coénove, représentant la filière gaz dans le bâtiment et partisan depuis sa création d’une approche fondée sur la complémentarité des énergies dont le gaz de plus en plus renouvelable, ces projets ne font que confirmer le refus des Pouvoirs Publics de voir le gaz comme un contributeur indispensable à la transition écologique, en multipliant les annonces en faux-semblants et les multiples obstacles dressés sur la route du développement des gaz verts.
 
Alors, si le Gouvernement peut se targuer d’avoir écouté la filière biométhane sur quelques points (desserrement de l’objectif de baisse des coûts de production à 75€/Mwh en 2023 au lieu de 67 €/Mwh et augmentation de l’enveloppe budgétaire allouée, passant de 7,9 Mds à 9,7 Mds), la réalité est que le développement du biogaz injecté est, plus que pour toute autre filière, mis sous contrôle par les coûts : volumes injectés en 2023 revus à la baisse à 6 TWh contre 8 dans la PPE actuelle, baisse de certains tarifs pouvant aller jusqu’à 14% en fonction des intrants …
 
Cet objectif d’exemplarité en matière de saine gestion des deniers publics est louable, encore faudrait-il qu’il s’applique à toutes les filières énergétiques : ainsi l’enveloppe de soutien aux EnR électriques se situera, jusqu’en 2028, entre « 19,2 à 33,4 Mds d’euros de soutien public supplémentaire » à rajouter aux 95 Mds déjà octroyés depuis plusieurs années. Au-delà de l’augmentation de 6 Mds constatée entre les deux versions de texte (versus ~2 pour le gaz renouvelable), c’est bien la disproportion manifeste sur les enveloppes globales de soutien qui questionne…
 
Quant au nucléaire, même si la trajectoire de fermeture des réacteurs se précise enfin, le flou le plus total demeure quant au « nouveau nucléaire », malgré les retours d’expérience que l’on devrait tirer de l’EPR de Flamanville. Il est révélateur qu’aucune mention de « prix cible du kWh du nouveau nucléaire » ne soit mentionné, alors que le développement du biogaz est, lui, strictement encadré.
 
Concernant le secteur du bâtiment, la PPE ne fait que reprendre les artifices déjà annoncés pour favoriser l’électricité : baisse injustifiée du coefficient d’énergie primaire de l’électricité à 2,3 sous couvert de prospective, baisse tout aussi injustifiée du contenu carbone de l’électricité. Rien de nouveau ni sur le fond, ni sur la forme, et que dire de la promotion des réseaux de chaleur sans prise en compte du verdissement éventuel des réseaux de gaz existants.
 
Concernant le projet de SNBC, Coénove déplore la vision proposée et renvoie à l’étude réalisée avec Artelys fin 2019 qui montre qu’une autre voie que l’électrification massive est possible, avec un mix énergétique plus diversifié, des choix d’équipements plus pertinents et plus réalistes. Il est, à cet égard, surprenant que l’année qui s’est écoulée depuis la première version n’ait pas conduit l’Administration à intégrer dans ses réflexions la technologie de la PAC hybride, une technologie pourtant émergente et dont le développement permettra, mieux qu’une PAC électrique, de maîtriser la pointe hivernale électrique, sujet de préoccupation identifié par RTE pour la résilience du système électrique.
 
Alors, bien sûr, Coénove va répondre à la consultation publique, espérant, sans trop y croire, que cette consultation connaîtra un meilleur sort que les précédentes, notamment les conclusions du débat public sur la PPE qui s’est tenue début 2018. Mais surtout, au-delà des pseudo-concertations, des couleuvres à avaler, place ensuite à l’action et au suivi régulier de la mise en œuvre de ces stratégies tel qu’il est désormais prévu dans la loi Energie-Climat.