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[TRIBUNE] Electricité, vous avez dit décarbonée ?

23 / 03 / 2020

 

Compte tenu du battage mediatico-gouvernemental récurrent, nul ne peut l’ignorer : la production d’électricité en France est très majoritairement décarbonée grâce, avant tout, au nucléaire. Les énergies renouvelables représentant, à date, une part encore relativement modeste.
 

Mais ce tableau idyllique ne doit pas faire oublier une donnée fondamentale : l’électricité ne se stocke massivement pas. La mobilisation des moyens de production pour ajuster en permanence la réponse à la demande est cruciale. C’est la célèbre adéquation offre-demande assurée en permanence par RTE, dans une logique économique visant à minimiser à chaque instant le coût de production de l’électricité. Concrètement, il s’agit d’empiler les moyens de production pilotables par ordre de coûts variables croissants, des plus faibles aux plus élevés, pour satisfaire la demande, elle-même fluctuante, d’un jour sur l’autre, d’une saison sur l’autre. Une équation complexe donc.
 

Il est clair que la forte demande en période de froid, liée au développement du chauffage électrique, nécessite déjà la mobilisation de l’ensemble du parc, y compris les moyens de production carbonés et le recours aux importations dont le contenu carbone est loin d’être négligeable. Le paradoxe est bien là : la consommation d’électricité n’entraîne pas directement d’émission de gaz à effet de serre, elle en génère indirectement par l’utilisation des combustibles nécessaires à sa production immédiate.
 

Et les chiffres le confirment : le dernier rapport du très respectable Commissariat général au développement durable de septembre 2019, intitulé « les émissions de CO2 liées à l’énergie en France de 1990 à 2017 » précise qu’en 2017 ; les émissions de CO2 liées à la consommation d’électricité dans le secteur résidentiel étaient de 14,1 millions de tonnes, alors que les émissions liées au fioul dans ce même secteur étaient de 16,4 millions de tonnes. Paradoxal pour une énergie dite décarbonée !
 

Et le même rapport d’enfoncer le clou : « l’électricité consommée pour le chauffage présente un contenu carbone supérieur à celui des autres usages de l’électricité. En effet, la consommation de chauffage concentrée sur la période hivernale nécessite le recours aux moyens de production d’électricité de pointe, notamment les centrales thermiques à combustibles fossiles. »
 

C’est un fait avéré : l’électricité est décarbonée sauf quand on l’utilise massivement pour le chauffage.
 

Dans ce contexte que penser de la volonté affichée (PPE, SNBC...) d’électrification massive des usages, notamment dans le secteur résidentiel ? Que penser des petits arrangements (baisse injustifiée du coefficient d’énergie primaire, baisse drastique, contre toute logique, du contenu CO2 de l’électricité) pour favoriser la consommation d’électricité en promettant une énergie décarbonée, en oubliant de prendre en compte les conséquences sur les moyens de production à mobiliser, en particulier lors des périodes de pointe hivernale ?
 

 

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