3 questions à Emmanuelle Cosse, Présidente de L’Union Sociale pour l’Habitat
Publié leInvitée d’honneur de son dernier club « Une énergie d’avance », Coénove a posé ses « 3 questions » à Emmanuelle Cosse, Présidente de l’Union Sociale pour l’Habitat et ex-ministre du Logement. L’occasion de l’interroger sur la conciliation des enjeux de justice sociale et de transition énergétique, la démarche « Alliance Hlm pour les énergies renouvelables » et son ambition pour accélérer la transition énergétique du parc social et enfin sur la place des gaz verts et des équipements hybrides comme solutions pertinentes pour les logements du parc des bailleurs sociaux.
Le logement social est au cœur des enjeux de transition énergétique et de justice sociale. Comment combiner exigence environnementale, liberté de choix des solutions énergétiques et amélioration du confort des habitants ?
Une transition énergétique réussie doit se faire avec les habitants. Par conséquent il y a un enjeu fort à permettre aux organismes de logement social de combiner l’exigence environnementale, le confort des habitants, la maitrise de la dépense énergétique et le coût global de cette transition. Au regard des multiples spécificités du patrimoine social présent sur l’ensemble des régions françaises avec leurs spécificités climatiques et énergétiques, il est indispensable que les bailleurs aient un large choix de solutions techniques et d’énergie pour optimiser la solution retenue et réduire le risque de la mono-solution. La transition énergétique portée par le parc social a pour exigence de penser en premier lieu aux locataires, avec une maîtrise de la dépense énergétique qui bénéficie à leur reste à vivre. Quand c’est cela la priorité, on ne peut pas avoir de dogme. L’essentiel est de trouver la solution pertinente dans un nécessaire bouquet énergétique. La transition énergétique ne pourra donc être juste que si le choix des solutions énergétiques demeure le plus large possible.
Le 4 décembre 2025, l’USH lançait « l’Alliance Hlm pour les énergies renouvelables », pouvez-vous nous présenter cette démarche et comment elle pourra accélérer la transition énergétique du parc social ?
L’objectif poursuivi par l’Alliance est de fédérer les acteurs parties prenantes des énergies renouvelables pour identifier les leviers et les freins à lever afin de massifier leur développement et ainsi porter des propositions dans le contexte électoral de 2027. Cette alliance vise le pragmatisme : aller chercher, depuis le terrain, les points de friction auxquels sont confrontés nos projets et trouver les voies et moyens pour les supprimer. Le logement social est réparti sur l’ensemble du territoire et constitue un terrain d’expérimentation formidable, poussé par une véritable capacité à innover et coconstruire.
Dans un contexte de décarbonation des bâtiments, comment les gaz verts et les équipements gaz et hybrides peuvent-ils s’inscrire durablement comme des solutions pertinentes pour les logements du parc des bailleurs sociaux ?
Notre parc est aujourd’hui majoritairement équipé au gaz pour son chauffage. Ce résultat est le fruit des politiques publiques de l’énergie passées, portées par des incitations à la pose de ces équipements. D’un côté, notre parc est aujourd’hui globalement équipé de chaudières modernes et performantes, dont la consommation est suivie, et il serait absurde pour nous de détruire des investissements cofinancés par l’impôt avant leur amortissement. De l’autre, nous devons dès aujourd’hui décarboner les énergies de nos bâtiments. Un bon compromis d’investissement et de décarbonation, en complément d’une démarche volontaire d’électrification de la production neuve mais aussi des patrimoines adaptés à la mise en œuvre de solution 100% électrique, devient alors de profiter du déjà-là et de faire muter ce parc vers l’électrification grâce à l’hybridation des chaufferies. La part résiduelle de consommation gaz devenant alors compatible avec la production de biogaz décrite dans les projections décrites dans la SNBC3.

