Du concept d’électro-puissance au risque d’électro-fragilité
Publié le| Depuis quelques semaines, certains théorisent le concept d’électro-puissance pour entraîner la France dans une politique d’électrification à marche forcée, oubliant le principe même de diversification du mix énergétique et le bon sens paysan qui appelle généralement à ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier.
Promouvoir l’électrification à outrance de notre pays, c’est faire l’impasse sur les fragilités intrinsèques du vecteur électrique : intermittence des ENR électriques, problèmes spécifiques à la filière nucléaire, coûts du renforcement des réseaux, complexité d’adaptation à un stress hydrique accru par le réchauffement climatique… À vouloir invisibiliser le rôle des autres énergies décarbonées (biogaz, réseaux de chaleur, biocarburants, molécules de synthèse…) et à oublier la primauté de la réduction des consommations dans toute politique sérieuse de transition énergétique, notre pays prendrait un risque majeur en cas de problème systémique sur un de nos modes de production. Quelle serait la cohérence à défendre une politique d’électrification quasi exclusive, alors même que beaucoup de territoires s’engagent dans le développement du biogaz et que de nombreux acteurs (décideurs, utilisateurs, bailleurs sociaux…) aspirent à conserver un panel de solutions diversifiées et une synergie entre électrons décarbonés et molécules qui se verdissent ? À trop défendre le concept réducteur d’électro-puissance, on risque de construire le chemin d’une transition énergétique ratée et d’une électro-dépendance qui comporte son lot de difficultés et d’incertitudes. En matière d’énergie, ne créons pas les conditions d’une électro-fragilité qui ferait de la France un colosse aux pieds d’argile. Réduire nos consommations, préserver la force de notre mix énergétique et développer nos infrastructures sont les meilleures politiques à défendre aujourd’hui. Les partisans d’une électrification forcenée oublient que la souveraineté énergétique ne consiste pas à tout miser sur une seule énergie mais au contraire à diversifier les vecteurs et les approvisionnements pour ne dépendre d’aucune technologie et répondre de façon plus robuste aux aléas qui ne manqueront pas de survenir.
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