3 questions à Frédéric Dabi, Directeur Opinion de l’Ifop
Publié leInvité d’honneur de son dernier club « Une énergie d’avance », Frédéric Dabi a accepté de répondre à l’interview de Coénove sur les perceptions et les attentes des Français concernant l’énergie et la transition écologique.
Tout d’abord, pourriez-vous s’il vous plait présenter l’IFOP et expliquer comment vos études permettent de mesurer l’évolution de l’opinion publique sur les grandes questions de société, notamment l’énergie et la transition écologique ?
L’IFOP est le plus ancien institut de sondages français. Fondé en 1938, il est à la fois le pionnier des enquêtes d’opinions en France mais surtout le témoin des grandes évolutions sociétales de notre temps. La reconduction sur le temps long de baromètre mesurant l’état de l’Opinion par exemple sur les enjeux environnementaux et énergétiques demeurent le meilleur moyen d’identifier les éléments de continuité mais aussi les fractures à l’œuvre chez les Français.
D’après vos études, l’énergie est devenue une priorité majeure et pourtant la transition écologique semble reculer dans le classement des principales préoccupations des Français, comment l’expliquez-vous ?
Effectivement, la transition écologique a largement reculé dans la hiérarchie des priorités des Français alors même que la prise de conscience de l’Opinion sur le dérèglement climatique reste très forte. Au cœur de ce paradoxe apparent, réside la question de l’efficacité perçue de la prise en charge de cet enjeu par les décideurs. D’une part, l’imaginaire autour du mot transition suggère un objectif sans fin toujours repoussé sine die et instituant pour les Français l’idée d’un effort permanent et perpétuel. D’autre part, l’inéluctabilité d’un dérèglement climatique contre lequel on ne peut rien sème le doute quant aux actions menées et semble freiner la mobilisation citoyenne.
Les derniers sondages réalisés (Engie, Coénove, …) semblent montrer que les Français sont attachés à des solutions concrètes, à la liberté de choix et à des réponses adaptées aux réalités locales. Pourriez-vous s’il vous plait nous en dire plus ?
En effet, je reste positivement frappé par le pragmatisme de l’Opinion publique. Nos enquêtes révèlent que les Français ne se rangent pas massivement derrière une énergie unique : ils veulent le choix en exprimant par exemple une préférence pour un mix énergétique combinant production nationale nucléaire et renouvelable. Ainsi, dans l’étude Coenove, la quasi-totalité des répondants (94%) considère que la France ne doit pas dépendre d’une seule source d’énergie et doit diversifier ses modes de production. De la même manière, l’adéquation des solutions aux réalités locales constitue un prérequis essentiel d’autant plus fortement exprimé que les Français, dans ce contexte de crise politique et parlementaire, ont le sentiment que les échelons locaux constituent la sphère de référence en matière de questions énergétiques.

