3 questions à Véronique Bel, Présidente de France Gaz
Publié leVéronique Bel, présidente de France gaz depuis le 1er octobre 2026, revient pour Coénove sur les perspectives des gaz renouvelables et bas carbone et les priorités de la filière à l’approche de l’élection présidentielle de 2027.
Pourriez-vous revenir sur votre parcours et ce qui vous a conduit à vous engager à la présidence de France gaz ? Quelles seront vos priorités dans cette nouvelle mission ?
Le secteur de l’énergie est en pleine transformation. Nous devons à la fois lutter contre le changement climatique, nous y adapter, tout en garantissant un système énergétique résilient, souverain et économiquement soutenable.
Je suis convaincue, comme beaucoup d’acteurs de terrain, que le gaz a un rôle majeur à jouer pour résoudre cette équation.
Je travaille depuis plus de 30 ans dans les industries gazières. J’ai débuté ma carrière au centre de recherche de Gaz de France et j’ai ensuite occupé différents postes dans les domaines techniques, de la clientèle et commerciaux avec une forte dimension managériale.
Dans mes dernières fonctions, j’étais au contact quotidien des acteurs des territoires : clients, collectivités, élus locaux, producteurs de biométhane, avec deux objectifs : répondre aux attentes des clients et les accompagner dans la décarbonation, tout en développant les gaz renouvelables et bas carbone au plus près des besoins locaux.
Cette approche pragmatique, qui vient du terrain et s’appuie sur les réalités de chaque territoire, m’a donné envie de m’engager au niveau national, auprès de nos adhérents qui représentent l’ensemble de la chaîne gazière, pour porter la contribution essentielle des gaz renouvelables et bas carbone à la transition énergétique française.
Ma priorité est de créer les conditions favorables à la décarbonation du système gazier, notamment en accélérant la production de gaz renouvelables et bas carbone et en mobilisant toutes les technologies pertinentes, tout en défendant les intérêts des clients, avec une fiscalité et une réglementation justes, lisibles et équilibrées.
France gaz a publié en septembre 2026 son étude prospective « Perspectives Gaz 2050 ». Quels en sont les principaux enseignements et quelle place pourraient occuper les gaz verts à l’horizon 2050 ?
Cette étude, réalisée avec l’appui du cabinet E-Cube, montre qu’une trajectoire de neutralité carbone fondée sur la complémentarité des solutions énergétiques permet de concilier décarbonation, sécurité d’approvisionnement et maîtrise des coûts pour la collectivité.
Le principal enseignement que j’en retiens est simple : nous avons tout intérêt à nous appuyer sur l’ensemble des solutions disponibles plutôt qu’à les opposer.
Les deux scénarios étudiés soulignent notamment le rôle stratégique des infrastructures gazières existantes pour accompagner la transition énergétique et répondre aux besoins des secteurs pour lesquels l’électrification ne constitue pas toujours la solution la plus pertinente.
Ils mettent également en évidence un potentiel d’économies de 330 à 460 milliards d’euros d’investissements d’ici à 2050, par rapport au scénario de référence de la SNBC 3, grâce à une meilleure valorisation des infrastructures existantes et à un mix énergétique diversifié.
À l’horizon 2050, la production française de gaz renouvelables et bas carbone pourrait couvrir la quasi-totalité des besoins gaziers du pays, avec un potentiel compris entre 220 et 250 TWh. Ces gaz apporteront des réponses particulièrement pertinentes pour l’industrie, les bâtiments ou encore la mobilité lourde.
Je crois plus largement que cette étude confirme un point essentiel : un système énergétique s’appuyant sur la complémentarité entre électricité décarbonée et gaz renouvelables et bas carbone constitue une solution robuste pour renforcer la résilience, la souveraineté et la compétitivité de notre pays.
À quelques mois de l’élection présidentielle 2027, quels sont les grands messages que vous porterez aux futurs candidats ?
Il faut chercher à raisonner en obligation de résultats, à savoir décarboner à moindre coût pour la collectivité et donc in fine pour les clients, et non en obligation de moyen, comme c’est le cas avec un plan centré sur une seule énergie. La neutralité technologique et la complémentarité des vecteurs énergétiques sont essentielles pour réussir la transition. De plus, c’est une évidence mais cela semble nécessaire de le rappeler : la meilleure énergie est celle qu’on ne consomme pas. Par conséquent, toutes les actions en faveur de la sobriété et de l’efficacité énergétique doivent être poursuivies.
La CRE rappelle d’ailleurs, dans son rapport sur l’avenir des infrastructures gazières publié en juillet, que les clients raccordés au gaz doivent continuer à bénéficier des dispositifs d’aide à la rénovation énergétique et à la maîtrise de la consommation. Or ces clients contribuent eux aussi au financement de la politique d’efficacité énergétique, notamment via les CEE. Il est donc essentiel qu’ils puissent accéder équitablement aux dispositifs de soutien.
Les enseignements de l’étude Perspectives Gaz seront également portés à la connaissance des futurs candidats, en mettant en avant les bénéfices du développement des gaz verts comme levier de croissance pour les territoires et pour le pays.
Enfin, nous appelons à une plus grande stabilité des politiques publiques. Les acteurs de la filière investissent sur le long terme et ont besoin d’un cadre clair, prévisible et cohérent pour poursuivre le développement de la méthanisation, des carburants renouvelables et, demain, de l’hydrogène renouvelable, c’est également une condition pour la résilience de notre système énergétique. La récente publication de la trajectoire des certificats de production de biogaz (CPB), qui offre une visibilité jusqu’en 2044, constitue un signal positif pour la filière et les investisseurs. Pour autant, le développement des gaz renouvelables ne pourra reposer sur un seul dispositif. Il est nécessaire d’accompagner la mise en œuvre de tous les dispositifs (CPB, Tarifs d’achat, Appel d’offres, …). Pour changer d’échelle, nous aurons besoin d’une politique durable qui soutienne à la fois la production et les usages.
À mes yeux, donner de la visibilité à la filière, c’est permettre à la France de renforcer sa souveraineté énergétique, d’accélérer les investissements et de conforter une filière industrielle et agricole créatrice de valeur et d’emplois dans les territoires.

